VERS 1885,deux jeunes pasteurs entrèrent dans l'histoire du
mouvement adventiste. Alonzo Trevier Jones (âgé de 38 ans au moment de la Conférence de
Minneapolis), et Ellet Joseph Waggoner (33ans) n'avaient rien en commun lorsqu'ils
devinrent rédacteurs de la revue Signs of the Times. Jones était un ancien
militaire. C'était un autodidacte, possédant une mémoire remarquable. Grand, impulsif,
il devint l'un des prédicateurs les plus puissants de la dénomination. Waggoner avait
reçu une formation universitaire. (Il était médecin, diplômé du 'Bellevue Médical
Collège"). Il était plus petit, presque râblé. Selon les témoins de l'époque
ils différaient en tout.
Ils enseignaient tous deux au Healdeburg Collège (Californie) et
collaboraient à la revue Signs of the Times. Dans des articles et dans leur
enseignement, ils présentèrent un point de vue différent des interprétations
adventistes traditionnelles. Jones trouva des raisons de remettre en question l'une des
dix cornes de Daniel 7. Il penchait pour les Allamans à la place des Huns. Waggoner
voyait que le "pédagogue", la loi dont il est question dans Galates, était la
loi morale plutôt que la loi cérémonielle.
Contexte et état d'esprit précédant la Conférence de 1888
Ces thèmes attirèrent l'attention de deux frères âgés, le président et le secrétaire général à la Conférence Générale, Georges Butler et Uriah Smith. Inquiets de voir ces jeunes hommes prendre des positions opposées aux vues établies de la dénomination, ces deux frères uvrèrent pour contrecarrer leur influence. Quand les délégués arrivèrent à la session de la Conférence Générale de 1886, ils découvrirent un nouveau livre que Georges Butler venait de publier, "La loi dans le livre des Galates : Est-ce la loi morale ou le système des lois cérémonielles ?" Ce livre était une réfutation des enseignements de Waggoner. Un comité composé de neuf membres fut désigné pour examiner la question de la loi dans Galates. Après quatre heures de discussions, se groupe se sépara après un vote de cinq contre quatre en défaveur des vues de Waggoner publiées dans la revue Signs. Ellen White qui se trouvait en Europe en fut alarmée. La conférence de 1886 lui fut montré dans une vision de la nuit.' Écrivant à G. Butler,elle dit : 'L'attitude de certains pasteurs, la vôtre en particulier me fut montrée, et je peux vous dire mon frère que cette réunion fut dramatique." L'ange lui dit : 'L'Esprit de Dieu n'a pas pu influencer le cours de cette réunion. L'esprit qui contrôlait les Pharisiens s'est introduit parmi ce peuple." The Ellen G. White 1888 Materials, 92-93. Une déclaration aussi forte peut surprendre si l'on considère qu'il s'agissait d'une réunion administrative. Mais pour avoir une vision juste de la question il nous faut savoir que depuis une vingtaine d'années, l'influence désastreuse produite par des hommes qui s'appuyaient sur d'autres hommes pour être guidé, avait été montrée à Madame White ainsi que la tendance adoptée par ceux qui occupaient des postes de responsabilité à diriger et à contrôler leurs frères. Le fait que les frères Butler et Smith étaient bien conscients de ces avertissements mais ne semblent pas en avoir tenu compte ne fit qu'aggraver les choses. Dès 1868 Ellen White avait signalé le danger existant dans le comportement de ceux qui regardaient à elle et à son mari au lieu de chercher à obtenir la sagesse de Dieu. Tous ceux qui dépendaient d'autrui pour être guidés .marchant à la lumière d'autrui, vivant des expériences d'autrui, imitant quelqu'un' arriveraient à perdre la vie éternelle, à moins de prendre conscience de leur caractère instable et d'y remédier."Testimonies, vol. 2, 119. (1868). Dès octobre 1885, Ellen White écrivit ceci à Georges Butler sur cette question : " Les hommes occupant un poste de responsabilité ne devraient pas dominer sur l'héritage du Seigneur en commandant tous ceux qui sont autour d'eux. ils sont trop nombreux ceux qui ont défini une ligne précise que les autres doivent suivre... Mais au nom du Christ, je vous supplie d'arrêter cela. Donnez aux hommes l'opportunité d'exercer leur jugement. Les hommes qui suivent les directives d'autres hommes et qui acceptent qu'un autre pense pour eux sont inaptes à recevoir des responsabilités..."Je pense vous avoir présenté cela de nombreuses fois, mais je vois qu'il n'y a pas de changement...
'Nous retrouvons ce même esprit ici en Europe. Pendant des années, le frère Andrews a gêné l'avancement de l'oeuvre par crainte de la confier à d ' autres, les considérant comme incapables de suivre ses propres plans. Il ne permit jamais que des choses soient entreprises si elles ne venaient pas de lui.' Paulson Collection, 382, 384
C'est avec inquiétude qu'Ellen White suivit les événements qui se déroulaient si loin d'elle à Battle Creek, alors qu'elle était occupée à sillonner l'Europe. Trois mois après la session de 1886, le 10 février 1887, frère Waggoner prépara une réponse au livre de frère Butler, intitulé The Gospel in the book of Galatians : A Review. (Brochure de 71 pages). Ce document ne fut publié que deux ans plus tard. Pour quelles raisons ? Vraisemblablement à cause d'une lettre écrite le 18 février 1887 par Ellen White dans laquelle elle reprend Jones et Waggoner pour avoir publié des conceptions différentes. C'est une petite chose pour vous de publier vos vues dans la revue les Signs comme vous l'avez fait. Mais Dieu m'a révélé qu'une telle chose ne devrait pas se faire. Nous devons garder devant le monde un front uni. Satan triomphera de voir qu'il y a des divergences parmi les Adventistes du septième jour. Ces questions ne sont pas vitales." The Ellen G. White 1888 Matérials, 22. (Lettre publiée en intégralité dans The Ellen G. White 1888 Matérials, 21-31). De telles présentations auraient semé en effet la confusion parmi ceux qui n'étaient pas fermement ancrés dans la vérité et certains auraient fait de ces petites différences (La loi dans Galates ... ) le cheval de bataille du message." Après avoir reçu cette lettre il est compréhensible que frère Waggoner ait choisi de ne pas publier son étude. Malheureusement, les frères Butler et Smith (qui avaient reçu une copie de la lettre envoyée à Waggoner) suivirent une voie différente. Le 5 avril 1887, Madame White fut poussée à écrire la lettre suivante aux deux responsables de la dénomination: J'ai envoyé à frère Butler des copies des lettres envoyées aux frères Jones et Waggoner concernant l'introduction de publications sur des sujets sur lesquels il y a divergences de vues. Je vous envoie cette lettre, non pas pour que vous en fassiez une arme contre ces frères, mais pour que vous ayez une attitude aussi prudente... J'ai été peinée quand j'ai vu votre ar6cledanslaReviewetdurantlademière demi-heure j'ai lu les références précédant votre article. Cher frère, dans ce que vous dites, il y a beaucoup de vrai. Les principes auxquels vous vous réferez sont bons, mais comment tout cela peut il s'harmoniser avec les points soulevés par le Dr. Waggoner. Je ne vois pas de lien. Je pense que vous êtes trop dur. Et puisque vous avez choisi de publier vos opinions, soyez assuré que vous pouvez le faire si vous accordez le même droit au Dr. Waggoner. "Si vous aviez évité de soulever ce point, cela aurait été plus en accord avec la lumière qu'il a plut à Dieu de me donner..."Je ne veux pas voir de pharisianisme parmi nous. La question a été révélée si pleinement devant le peuple, par vous-même et aussi par le Dr. Waggoner que cela doit être considéré en plein jour, justement et totalement...
"Vous avez distribué votre brochure. Il est juste maintenant que le Dr. Waggoner ait une opportunité égale à la vôtre. Je pense que tout cela n'est pas en accord avec les voies de Dieu. Cependant mes frères, nous ne devons pas être injustes." Ellen G. White 1888Matérials, 32,33-35 (1887). De nombreuses personnes avaient montré un intérêt pour la question de la loi dans Galates, mais Madame White ne la considérait pas comme vitale. Les conditions qui allaient amener la crise durant la réunion de Minneapolis étaient réunies. La conférence de Minneapolis Une rencontre pastorale d'une semaine, débutant le 10 Octobre 1888 précéda la session de la Conférence Générale. Durant ces réunions, frère Jones présenta les raisons pour lesquelles il considérait que les Allamans faisaient parti des 10 tribus et non pas les Huns. Il présenta une étude très détaillée et nul ne pouvait contredire l'évidence. Néanmoins beaucoup préférèrent s'attacher à la liste familière donnée par Uriah Smith dans Thougts on Daniel and the Revelation. Ces discussions ressemblèrent plus à un débat qu'à une réunion d'étude chrétienne. Les esprits étaient agités par ces questions au moment où la conférence débuta. Pour de trop nombreuses personnes, la questions n'était pas "Qu'est-ce que la vérité ?" mais 'Qui défendez-vous, les responsables en place ou les réfractaires de Californie ?" Au milieu de toute cette agitation, Jones commis une erreur grave, qui devait lui faire beaucoup de tort. Quand Uriah Smith admis qu'il n'était pas à l'origine de la liste des dix royaumes mais qu'il avait simplement suivit le choix d'interprètes plus anciens, Jones remarqua : "Frère Smith vous a dit qu'il n'est pas vraiment informé de ces questions. Mais moi oui ! Et je ne veux pas être blâmé pour ce qu'il ne sait pas." Soeur White le reprit immédiatement pour une déclaration aussi brutale, mais les effets s'en firent sentir longtemps et beaucoup gardèrent leurs préjugés à l'égard de Jones. (Voir R. W. Swarz, Light Bearers to the Remnant, 187188) Les vraies questions furent perdues de vues. Trop peu de véritable étude personnelle et de prière, trop de loyauté aveugle parmi les ouvriers de l'oeuvre conduisirent Ellen White à remarquer plus tard, "Quand frère Butler fut président de la Conférence Générale, les pasteurs placèrent frère Butler, frère Smith et quelques autres là où Dieu seul doit être. Les frères firent de graves erreurs et le Seigneur envoya des messages de vérité pour corriger les erreurs et pour les conduire dans de bons sentiers. Mais malgré les reproches qui furent fait, la plupart des frères continuèrent à s'appuyer sur les hommes, à exalter et à glorifier l'agent humain et cette erreur grave se répéta sans cesse." E. G. White, 1888 Materials, 1124. Il semble que les ouvriers de l'oeuvre n'avaient pas été éduqués à penser par eux-mêmes. La maladie retenait frère Butler à Battle Creek [Siège de l'oeuvre à cette époque]. Son cur était à Minneapolis, mais il fut absent à la pastorale et aux sessions de la Conférence Générale. Avant le début de la réunion, il dicta une lettre de 39 pages qu'il envoya à Ellen White. Dans cette lettre (qu'elle considéra être 'la production la plus curieuse d'accusations et de charges faites contre moi-même'), il exprimait son inquiétude de ce qu'elle ne l'ait pas soutenu dans sa controverse avec Waggoner.Quatre jours après le début de la session, sur White lui répondit, commentant non seul ement es événements du passé mais lui donnant aussi des nouvelles des réunions :
L'état d'esprit qui a prévalu à cette réunion n'est pas de Christ. Il n'y a pas d'amour, ni de tendre sympathie ou de tendre compassion des uns envers les autres. De sombres soupçons ont été suggérés par Satan pour causer des dissensions. Il ne doit pas y avoir de lutte entre frères. Dieu a fait de ce peuple le dépositaire de vérités sacrées. Vous êtes un dans la foi, un en Christ-Jésus. Qu'il n'y ait pas un esprit de domination sur l'héritage du Seigneur. Qu'il n'y ait pas d'esprit d'oppression des consciences tel celui révélé à ces réunions...
"J'ai écrit l'âme saisie d'angoisse sur les voies poursuivies à la Conférence Générale depuis deux ans. Le Seigneur ne fut pas satisfait de cette réunion. Voire état d'esprit, mon frère, n'était pas bon. La façon dont vous avez traité le cas du Dr. Waggoner était peut- être en accord avec vos vues, mais pas avec celles de Dieu... 'Vous faites référence à votre rôle en tant que président de la Conférence Générale, comme si cela justifiait votre conduite que vous estimez être tout à fait juste, mais que, d'après la lumière qu'il a plut au Seigneur de me donner je reconnais comme étant erronée à certains égards. C'est précisément parce que vous occupez un poste de responsabilité que je vous exhorte à démontrer un esprit patient, courtois et à l'image de Christ et cela en tout temps... 'Vous appelez frère Jones et Waggoner des novices et vous faites référence à ce que j'ai déclaré à la Conférence en Californie. Je suis surprise, mon frère, de lire de telles choses de votre plume." Idem, 94, 9697, 99 Le lundi 15 Octobre, E. J. Waggoner introduisit le sujet de la loi dans Galures. Il avait été prévu que la question serait conduite comme un débat, frère J. H. Morrison ayant été choisi pour présenter la position traditionnelle. Cependant Waggoner avait une autre façon de voir et il refusa de signer la déclaration qui avait été préparée. Il préféra donner une étude biblique. Ellen White écouta avec intérêt, car elle n'avait encore jamais entendu les vues du Dr. Waggoner. Elle remarqua [dans des lettres], qu'elle différait de lui sur certains points, mais elle dit : "je crois qu'il est parfaitement honnête dans ses vues et je veux respecter ses sentiments et le traiter comme un gentleman chrétien... Je vois la beauté de la présentation de la justice du Christ en relation avec la loi telle que le docteur l'a placée devant nous." Idem, 164. 1888 ) Frère Butler fut tenu au courant des réunions. Incapable de défendre ses vues en personne, il envoya des télégrammes aux frères Morrison et Kilgore, les encourageant à demeurer fidèles "aux anciennes bornes". Inquiets de la tournure des événements, frère Kilgore (membre du comité à la Conférence Générale et un supporter des vues de Butler ), se leva et proposa que la discussion sur 'la justification par la foi" soit interrompue jusqu'à ce que frère Butler puisse y participer. Ellen White, qui était assise sur l'estrade se leva aussitôt. Elle déclara : "Ceci est l'oeuvre du Seigneur. Désire-t-il que son uvre attende frère Butler ? Le Seigneur désire que son uvre aille de l'avant et n' attende aucun homme." Il n'y eut pas de réponse et l'étude continua. Le lendemain matin, alors qu'elle s'adressa aux délégués, elle aborda à nouveau cette question : "Si frère Kilgore avait marché vraiment avec Dieu, il n'aurait jamais fait la déclaration qu'il a faite sur l'étude qui est en cours. C'est à dire, 'il ne faut pas qu'une lumière nouvelle ou aucun argument nouveau soit présenté... parce qu'un homme n'est pas là' ... 'Je n'ai jamais été aussi inquiète qu'en ce moment... je veux vous dire mes frères, qu'il n'est pas bon de vous lier aux idées de quiconque... 'Je vous déclare, dans la crainte de Dieu : 'Cesser de vous confier en l'être humain dans les narines duquel il n'y a qu'un souffle.' (Esaïe 2:22 ). Comment avez-vous pu écouter tout ce que je vous ai dit durant toutes ces réunions et ne pas savoir pour vous-même ce qu'est la vérité ? ... "Venons au Seigneur comme des êtres raisonnables pour savoir pour nous-mêmes ce qu'est la vérité. Mais si vous adoptez le point de vue selon lequel un seul homme peut expliquer la vérité, je veux vous dire ceci : ce n'est pas ainsi que Dieu désire que les choses se fassent. Maintenant,je veux l'harmonie. La vérité est un tout. Mais si nous nous attachons à un homme nous n'adoptons pas l'attitude que Dieu voudrait nous voir prendre... "Si les pasteurs ne veulent pas recevoir la lumière, je veux donner une chance au peuple. Il l'acceptera peut-être. Dieu ne m'a pas suscité pour traverser les plaines [plus de 3000 kms] pour vous parler, alors que vous, vous êtes assis pour vous interroger sur son message et pour vous demander si sur White est telle qu'elle fut il y a quelques années. J'ai dû dans bien des domaines faire des retours en arrière pour vous donner ce qui m'a été donné dans le passé, parce qu'alors vous reconnaissiez que sur White était dans le vrai. Mais il semblerait qu'il en est autrement aujourd'hui, que sur White est différente... "Je vous parle franchement, car je veux que vous compreniez où vous en êtes maintenant. Je veux que nos jeunes hommes adoptent une position, non pas parce que quelqu'un d'autre l'a fait, mais parce qu'ils comprennent la vérité par eux-mêmes.« Il y aura parmi ceux qui voudront toujours contrôler l uvre de Dieu Quand la lumière vient pour éclairer la terre, au lieu de venir à l aide du Seigneur , ils voudront limiter son uvre pour être en accord avec leurs propres idées. » Testimonies to Minister , 300 .
L auteur et de nombreuses Personnes parmi celles qui assistèrent à la conférence savent que c est ce qui se produisit à cette réunion. Quand Christ fut élevé comme seul espoir De l Eglise et de tout les hommes ils(A.T. Jones et T Waggoner)rencontrèrent lopposition de pratiquement tous les anciens pasteurs. Ils essayèrent dempêcher la présentation ou la discussion sur la justification par la foi et quand Madame White leur dit que la providence de Dieu avait conduit les frères Jones et Waggoner à proclamer avec force ce sujet, ils choisirent un homme pour présenter leur point de vue et pour s opposer à ces deux frères.
Frère S. H. Morisson fut leur porte- parole. Il fut décidé que les frères Jones et Waggoner pourraient répondre
Ils se tinrent côte à côte , Bible ouvertes. Waggoner et Jones lurent alternativement : Jérémie 23 :5-7, Ephésiens 2 : 4-8, Galates 2 : 16-21 , Romains 11 : 1-3 ; 1 :14-17 ; 2 : 12-29 ; Galates 3 en entier ;Galates 5 : 1-6 Romains 9 :7-33 ; Galates en entiers ; ; Romains 4 : 1-11 ; Romains 5 en entier ; Romains 4 : 13-25 Romains 6 en entiers ; Romains 1 : 15-17 ; Romains 8 : 14-39 et 1 Jean 5 : 1-4.
Ce fut leur réponse et sans un seul mot de commentaire ils reprirent leur place.
Durant toute la lecture, un silence impressionnant régna dans la grande assemblée. Et le temps ne peut pas effacer ce que cet auteur ressentit alors.
Texte extrait de la brochure « Minneapolis conférence « par R.T.Nash que l on peut trouver dans le « Ellen G . White Estae Document file 189.