LA PRIÈRE INVERSÉE

Robert J. Wieland

C'est à vous couper le souffle quand vous réalisez ce que cela signifie! Voici une prière tout à fait contraire au genre de prière que nous avons l'habitude de faire!

Au lieu de leur attitude habituelle qui consiste à demander à Dieu de leur donner quelque chose, l'apôtre Jean surprend les disciples à prier le Seigneur de recevoir Lui-même quelque chose. On ne serait pas plus étonné de voir l'eau remonter un cours d'eau ou une chute que de voir formuler une telle prière « inversée » venant de personnes ordinaires comme vous et moi : « Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : Rabbi, mange. » (Jean 4:31 ).

Presque toutes les prières que le Seigneur reçoit à Son centre de communications sont l'opposé : « Maître, donne-nous quelque chose à manger. » Dieu est considéré comme le Père Noël de l'humanité, et on espère que ce sera Noël tous les jours. « Merci, Seigneur pour ce que Tu m'as donné hier. Maintenant, pour aujourd'hui, j'ai besoin de ceci et de cela. Et merci encore de penser à moi. Amen! »

Quand nous apprenons à élargir nos horizons et à prier pour quelqu'un d'autre, Dieu doit être content. Heureusement, il arrive que de telles prières soient aussi offertes, des prières pour qu'une personne soit guérie ou pour que quelqu'un ait à manger ou encore pour le monde entier. Le Seigneur Jésus nous a enseigné à prier pour les autres et ces prières sont bonnes; ceux qui prient pour les autres grandissent spirituellement. Un enfant fait d'énormes progrès quand il arrive à demander un jouet pour son frère, sa soeur ou pour un autre enfant du voisinage.

Mais trop souvent, même quand nous demandons quelque chose pour nos semblables, nous ne quittons pas notre cercle égoïste. Si notre prière n'est pas centrée sur le moi, elle est à tout le moins centrée sur nous, et chacun de nous sait que son tour viendra. Nous, êtres humains, comme nos animaux domestiques à l'heure du repas, sentons notre dépendance du Maître de la maison. À l'heure de la prière, nous nous alignons ensemble le long de la clôture, le regard tourné vers la grande maison, attendant une autre distribution. Il est heureux pour nous que le Seigneur soit à l'autre bout de la ligne, plein de grâce et heureux de nous donner notre pain quotidien.

Mais si nous ne demandons pas au Seigneur quelque chose pour nous-mêmes et pour les autres, quel pourrait bien être le sujet de notre prière? La prière « inversée » des disciples vient nous ouvrir un tout nouvel horizon :
Le Maître entend rarement une prière de ce genre, une prière en marche arrière : « Maître, Toi, mange, parce que nous sentons que Tu as faim. Tu as fait un long et pénible voyage aujourd'hui, il fait chaud et c'est poussiéreux. Regarde, nous sommes allés dans les magasins en ville et nous avons acheté du pain, du beurre, du lait, des raisins, des figues, des amandes un festin savoureux. Maître, nous avons pensé à Toi, et nous comprenons maintenant ce que Tu ressens. Nous savons qu'il est pénible d'être fatigué et affamé. Maître, Toi, mange! »

Rare est l'enfant qui pense à donner quelque chose à ses bienfaiteurs. Il peut donner crédit au Père Noël pour ses cadeaux, mais il trouve difficile de penser en fonction des désirs du Père Noël. Ce gros et joyeux Père Noël avec sa fabrique de jouets au Pôle Nord, comment pourrait-il avoir besoin de jouets ou de nourriture? Et de quoi d'autre pourrait-il avoir besoin?

Il est presque aussi difficile pour nous d'imaginer que le Seigneur Jésus est dans le besoin. Puisqu'Il est infiniment riche, qui d'entre nous pourrait Lui donner quoi que ce soit dont Il ait besoin, à moins que nous ne pensions à la manière des enfants qui, la veille de Noël, laissent au Père Noël un sandwich et un soda sur le rebord de la cheminée? Nous donnons nos petites dîmes et offrandes, mais qui peut imaginer sérieusement que ces bagatelles enrichissent le Seigneur? Nous nous attendons peut-être à un bref sourire d'approbation, après quoi Il poursuivra Son oeuvre infinie, omnisciente et omnipotente, avec des multitudes d'anges planant autour de Lui comme des secrétaires et des aides, attendant Son signal. Même Crésus n'aurait pas pu ajouter le poids d'une plume au trésor de Dieu!

Mais voilà le Fils de Dieu assis au puits de Jacob dans une pauvreté bien humaine. Il ne fait pas semblant; Il a réellement soif. Doit-Il endurer la soif? Peut-Il réellement Se sentir assoiffé comme nous? Si c'est le cas, pourquoi ne transformerait-Il pas d'un simple toucher le vieux puits en une source d'eau rafraîchissante? S'Il a vraiment faim, pourquoi n'ordonne t-Il pas à une pierre de se transformer en miche de pain dorée fraîchement sortie du four? Il possède le pouvoir de le faire.

On raconte qu'avant la venue du modèle A, Henry Ford donna rendez-vous à quelques riches amis pour une excursion à la campagne en voiture. L'un des hommes les plus riches du monde, Ford aurait pu appeler des chauffeurs pour conduire une caravane de ses limousines Lincoln. Au lieu de cela, pour une raison bizarre, Henry Ford prit un Modèle T.

Comme cela arrivait souvent avec les automobiles de ses clients, la petite machine contrariante tomba en panne sur la route. N'étant pas outillé pour la réparer lui-même, le célèbre fabricant d'automobiles se trouva forcé de s'en remettre aux services d'un mécanicien de village. Déterminé à ne pas capituler devant ses invités qui s'amusaient bien de ce contretemps, le vieil Henry résista à la tentation d'appeler son usine pour leur demander d'envoyer quelques Lincoln sedans pour « rescaper » le groupe. Il affronta la panne comme n'importe quel automobiliste l'aurait fait et attendit que le mécanicien ait réparé sa voiture.

Ses invités s'amusèrent du spectacle aux dépens du plus fameux constructeur automobile qui cherchait pour sa part à passer incognito devant le mécanicien inconscient de ce qui se passait. « Facturez-lui le total, lança l'un des passagers, il est riche! »

« Alors pourquoi ne conduit-il pas une bonne voiture? » demanda le garagiste étonné.

IL AURAIT PU FAIRE APPEL
AUX ANGES

Alors qu'Il avait faim et soif, Jésus aurait pu à n'importe quel moment appeler une légion d'anges à Sa rescousse. Quand, quelques années plus tard, la foule brandissant des épées et des bâtons Le poussa jusqu'à la maison de Caïphe, Il dit à Ses disciples concernant la mission de secours prête à intervenir au premier signal vers le ciel : « Ne savez-vous pas que je pourrais invoquer mon Père, qui me donnerait à l'instant plus de douze légions d'anges? » (Matthieu 26.53). N'est-ce pas une bonne chose que nous ne soyons pas capables de céder à une telle tentation? Nous tiendrions les anges occupés à nous tirer de toutes sortes de situations difficiles de la même manière que l'imagination populaire concevait jadis les fées comme opérant des missions impossibles en faveur de personnes privilégiées.

On peut se demander si les anges étaient contents de voir le Créateur du monde, assis là, près du puits de Samarie, attendant que quelqu'un vienne et Lui offre à boire. Le Maître du ciel et de la terre doit-Il être assis là, en plein soleil, aussi impuissant qu'un autre voyageur?

Oui, Il le doit. Les règles du conflit avec Satan exigent qu'Il mette de côté Ses avantages divins. Il a choisi de ne rien faire de surnaturel pour S'aider Lui-même, même s'Il devait en mourir de faim. Il refuse d'appeler le « quartier général » et de demander une caravane de limousines angéliques pour Le secourir. Il doit faire face aux problèmes de la vie de la même façon que nous devons le faire. Le Père L'a confié à l'hospitalité de la race humaine, et si elle Le laisse tomber, Il doit périr comme n'importe quel autre homme. Quand finalement les hommes Le crucifieront, Il mourra sur place.

CHRIST EST DEVENU
L'UN DE NOUS

L'infini Fils de Dieu S'est livré Lui-même afin d'être limité par notre incapacité. Quel risque le Père a-t-Il pris quand Il a envoyé Son Fils être l'invité de l'humanité pécheresse! A-t-Il commis une erreur?

Heureusement non. Nos disciples héros et d'autres personnes prirent bien soin de Lui et L'ont même pressé de manger. Il semble également que la femme samaritaine ait joué le même rôle. Pouvez-vous imaginer comment elle devait se sentir plus tard quand Jésus fut reçu dans son village?

« Tiens, Maître, je me rappelle cette eau que tu m'avais demandée, j'ai oublié de Te la donner! Peux-Tu me pardonner? Et à propos du déjeuner, as-Tu pris quelque chose aujourd'hui? Je vais Te préparer un dîner convenable tout de suite! »

N'est-ce pas ainsi que toute femme ayant du coeur aurait réagi?

Ce n'est pas seulement une fois, mais probablement plusieurs fois que les disciples ont adressé à Jésus cette prière inversée : « Maître, Toi, mange. Prends un peu de repos, va dormir. Nous allons veiller et finir la vaisselle ou faire la lessive. Prends des vacances. Va t'acheter les vêtements dont Tu as besoin. » Il est probable qu'en vivant avec Lui pendant trois ans et demi, ils aient trouvé plusieurs occasions de penser à Ses besoins. Nous relevons pareilles occasions lorsque des dîners étaient servis en Son honneur dans les maisons où Il était accueilli en tant qu'invité. N'importe qui, animé de simple compassion humaine, qui Le rencontrait sur les sentiers de ce monde, trouverait bien vite l'occasion de Lui adresser une prière inversée!

Mais maintenant, nous ne sommes pas vraiment préoccupés par des histoires anciennes. Allons à Sa rencontre et voyons-Le tel qu'Il est aujourd'hui. Alors nos prières enfantines et égocentriques paraîtront périmées.

DIEU A FOI EN NOUS

La prière inversée, « Maître, Toi, mange », nous donne un aperçu de bien d'autres prières encore plus étonnantes qui doivent provenir des coeurs humains. Quand je dis que le Père a confié Son Fils à l'hospitalité de la race humaine, je suis sérieux. Cela signifie que le Père en est venu à croire que notre nature humaine déchue échapperait au piège de l'égocentrisme et répondrait aux besoins de Son Fils.

C'est ce qui est derrière cette prière inversée des disciples. D'abord, envoyer Son Fils sur cette terre présupposait de la part de Dieu « une foi inversée ». Nous considérons habituellement que la foi est la part que l'homme doit avoir et utiliser. C'est nous qui avons foi en Dieu car Il est Celui en qui nous pouvons nous confier. (Nous avons aussi foi, dans une certaine mesure, l'un dans l'autre.) Mais quelle pensée stupéfiante de réaliser que Dieu a foi en l'homme, sans quoi Il ne nous aurait jamais envoyé Son Fils. Cette foi de Dieu en l'homme a d'abord pris place avant la fondation du monde, quand le Père et le Fils se sont mis d'accord de pourvoir à un sacrifice infini en faveur de l'homme s'il venait à tomber.

Quand Jean dit : « Nous l'aimons parce qu'Il nous a aimés le premier » (1 Jean 4.19) , il aurait aussi pu ajouter : « Nous croyons en Lui parce qu'Il a cru en nous le premier. » Paul développe la même idée quand il dit : « Eh quoi! si quelques-uns n'ont pas cru, leur incrédulité (littéralement, leur non-foi) anéantira-t-elle la foi de Dieu? » (Romains 3.3) Il y a dans le grec un magnifique jeu de mots : « La non-foi de l'homme annulera-t-elle la foi de Dieu? »

Qui d'entre nous peut avoir suffisamment confiance en un voleur repenti pour placer entre ses mains toute sa fortune et s'attendre à ce qu'il la lui garde? Notre confiance dans la nature humaine irait-t-elle aussi loin? Si vous vouliez évangéliser une bande de ravisseurs notoires, pourriez-vous placer assez de confiance en eux pour leur confier votre nouveau-né alors que vous allez partir pour un long voyage outre-mer? C'est pourtant ce que Dieu a fait!

Regardez ce Bébé dans l'étable de Bethléhem : à cette heure, la plupart des gens de la ville dormaient, ne se souciant même pas de Sa survie. C'est un chemin difficile pour n'importe quel bébé de faire son entrée dans la vie. Mais quelques personnes en prirent soin et prouvèrent que Dieu n'a pas commis d'erreur en confiant Son précieux Fils à l'hospitalité humaine. Bien que les humains L'aient finalement rejeté et crucifié, il y eut tout au long de Sa vie, des personnes dont la bienveillance déborda d'intérêt pour les besoins du Fils de Dieu. C'est une belle vision de Le voir ainsi bercé en tant que bébé dans les bras d'une mère tendre et aimante et de voir des amis affectueux s'attarder auprès de Lui tous les jours de Sa vie terrestre, même jusqu'à la fin.

NOS PRIÈRES SONT-ELLES
CENTRÉES SUR CHRIST?

« Bien, direz-vous, qu'en est-il de nous aujourd'hui? » Insinuez-vous que nous pouvons nous aussi vaincre le complexe des animaux familiers à l'heure du repas? Pouvons-nous réellement concevoir une prière qui soit centrée sur Christ au lieu de l'être sur nous-mêmes?

Je ne peux pas savoir ce qu'il y a dans votre coeur sinon en regardant le mien. Si je suis aujourd'hui loin du but, éliminez-moi comme étant le pire pécheur que vous ayez vu écrire et cherchez un autre livre à lire. Mais je dois rester fidèle à la vérité et avouer que la plupart de mes prières ont été centrées sur ma propre personne. Ce qui m'a fait continuer dans la vie chrétienne a habituellement été le souci de mon propre salut. Ce qui m'a poussé à garder le Sabbat, à payer ma dîme et à refuser les plaisirs mondains, a été principalement mon besoin désespéré de sécurité éternelle. J'ai été celui qui avait faim. Mon âme a été trop petite pour se croire ou se sentir assez grande pour prier « Maître, Toi, mange! » Jour après jour, ma prière a plutôt été : « Maître, j'ai faim! »

Peut-être commencez-vous à supposer que vous et moi avons quelque chose en commun. Je peux même supposer que je parle à un pécheur comme moi. Dans ce cas, avouons que notre motif de suivre Christ est de sauver notre propre peau, de trouver la sécurité, d'obtenir une récompense ou d'échapper à la punition; mais cela ne suffit pas pour résister à la vraie tentation lorsqu'elle se présente. Un tel motif s'écroulera même s'il peut nous avoir permis de rester dans l'Église pendant quelques années, même si nos amis ont dit de nous : « Si quelqu'un doit aller au ciel, ce sera bien lui. »

Mais nous avons oublié un fait stratégique : celui qui professe Christ en étant animé d'un tel motif trouvera tôt ou tard que le prix plafond est atteint. Bien que quelques-uns puissent encore tenir, s'attendant à être vendu à l'enchère à un prix plus élevé, l'Adversaire sait comment nous placer dans une situation où la mise atteindra notre valeur.

Pour certains, ce prix de vente peut être pitoyablement bas : les simples tentations de la vie quotidienne. Pour d'autres ce peut être la fascination de l'argent, le doux confort du luxe ou le sentiment de prestige. Pour d'autres encore, ce peut-être le sexe illicite. L'anticipation du moment brouille le signal de l'émission céleste et la pensée de la récompense attendue dans le ciel ou du châtiment redouté de l'enfer faiblit. Si les deux signaux sont sur la même longueur d'onde que le charme du moi, est-il étonnant que la convoitise étouffe l'autre? Les deux « visent directement » le plexus égocentrique. Dans le domaine de la tentation, une foi religieuse centrée sur le moi est aussi solide qu'un château de sable battu par les vagues déchaînées de l'océan.

Une telle « foi » a toujours été inutile. Mais les épreuves du passé n'étaient pas assez sévères pour la démasquer. L'un des auteurs du Nouveau Testament a inventé une expression brillante pour décrire la futilité d'une telle « foi égocentrique » : Il l'a appelée « être sous la Loi ». Si Paul avait été un caricaturiste, il aurait pu représenter le chrétien égocentrique, motivé par la peur d'être perdu et le désir de la récompense, comme quelqu'un d'attaché sous un énorme rocher appelé « la loi ». Une autre manière d'exprimer la chose est de dire qu'il est sous « l'ancienne alliance ». Des millions de chrétiens aimables et sincères ont aujourd'hui besoin de s'arracher à leur position « sous la Loi ». Servir Dieu par crainte des flammes de l'enfer ou en espérant une récompense est un mode de vie futile. C'est ridicule mais si tragique que nous ne pouvons même pas en rire (bien que Satan se moque sans doute de nous, sachant que, de cette manière, nous finirons par passer dans son camp).

LA « FOI » ÉGOÏSTE
NE PEUT PAS SUBSISTER

En ces temps de la fin, toute « foi égoïste » sera amenée à vivre une épreuve renversante. Pour beaucoup, à moins qu'ils ne voient la vérité maintenant, cela signifiera l'ultime défaite. Pour notre jugement superficiel, la foi égocentrique a pu être « suffisamment bonne » pour nos ancêtres, comme nous le chantons dans cet hymne : « Donnez-moi cette religion d'autrefois, c'est suffisamment bon pour moi. » Mais elle ne pourra jamais endurer l'épreuve de la crise finale à moins qu'elle ne soit purifiée des scories de l'égocentrisme.

Cette épreuve dont le livre de l'Apocalypse dit qu'elle viendra pour tous ceux qui vivent sur la terre, sondera chaque âme humaine pour découvrir sa faiblesse cachée. (Un test sévère appelé « la marque de la Bête » est mentionné dans Apocalypse 13.16-18.) Des millions de personnes qui seraient aujourd'hui révoltées devant la suggestion de vendre leur âme au diabolique ennemi de Christ n'ont aucune idée de ce qu'elles feraient si les enchères s'élevaient jusqu'à un certain niveau. L'épreuve produira une crainte angoissante sans précédent dans l'histoire humaine. L'anxiété d'un million de nuits blanches d'inquiétude sera distillée dans cette tentative finale de Satan de vaincre les disciples de Dieu par la crainte. Cette séduction ultime de l'attrait de la sécurité couvrira toute la gamme des tentations humaines. À l'instar de Pierre, nous serons tentés de renier Christ. Que nous vendions maintenant notre âme à Satan au faible prix d'une tentation sensuelle ou que nous tenions un peu plus longtemps pour finalement céder devant l'enchère la plus élevée de la tentation suprême et parfaite ne fera à la fin aucune différence. À moins que nous ne trouvions la délivrance, tous ceux qui se satisfont de demeurer « sous la Loi » finiront par renier et trahir Christ.

Quelqu'un peut dire : « Je me sens plutôt perdu maintenant! J'admets que je suis centré sur moi-même et que mes prières tournent autour de ma personne et de mon petit cercle. Je ne peux pas nier faire partie de cette religion surtout pour ce que j'espère en tirer. Mais qu'y a-t-il d'autre à faire pour moi? »

NOUS AVONS BESOIN DE VOIR

Premièrement, avant de parler de faire quoi que ce soit, il y a quelque chose que nous devons voir. Et après l'avoir vu, aussi sûrement que nos coeurs sont honnêtes, tout ce problème pathétique d'une vie centrée sur le moi se transformera en croyant en ce que nous avons vu.

Qu'est-ce qui doit être vu?

Le Fils de Dieu crucifié sur la croix!

Mais comment peut-on voir cela?

Aucun film ne peut le présenter. S'il y avait eu une équipe de tournage présente à la Croix, filmant la scène entière exactement comme cela s'est passé, même un film couleur ne pourrait nous permettre de le « voir ». La plupart d'entre nous aurions nonchalamment mangé notre maïs soufflé pendant le film, et quand il aurait été fini, nous aurions tout bonnement changé de chaîne. En fait, les personnes qui ont vu ce qui s'est passé au Calvaire n'ont pas été converties simplement en regardant.

Si le fait de voir l'événement physique était nécessaire à notre conversion, nous aurions une excuse pour nous plaindre devant Dieu de ne pas nous avoir montré un film sur la scène de la crucifixion ou rejoué la scène pour que chacun d'entre nous la regarde. Pourquoi n'a-t-Il pas gardé un film pour nous, prêt à le mettre au menu des émissions de télévision quand cette dernière serait inventée?

Voir Christ crucifié est quelque chose d'infiniment plus grand que ce que n'importe quelle équipe de tournage pourrait capter. Même si les onze disciples ont vu ce qui s'est passé de leurs propres yeux, c'est un homme qui n'était pas présent qui l'a le mieux saisi. Il a mieux vu. Laissons ses yeux être les nôtres : « Parce que nous estimons que si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts; et qu'Il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Corinthiens 5.14-15 ).

UNE « ÉQUATION »
À FAIRE TREMBLER LE MONDE

Cet homme a vu quelque chose de plus révolutionnaire que le fameux e=mc2 d'Einstein ou sa théorie de la relativité. De la petite équation innocente du scientifique sortit la puissance de la fission nucléaire. Mais de la simple équation de Paul est sortie une plus grande puissance encore, une force morale qui bouleversa le monde de l'Antiquité et le fera aussi pour votre vie. En fait, à moins que vous ne vouliez que quelque chose de semblable ne vous arrive, vous feriez mieux de ne pas poursuivre plus loin votre lecture.

L'équation semble désarmante par sa simplicité : « Si un seul est mort pour tous »; cela revient à dire que s'Il n'était pas mort pour tous, tous maintenant seraient morts. En d'autres termes, « Un seul est mort pour tous » équivaut à dire « nous méritons tous la mort ». La vie que nous vivons ne nous appartient pas. Avec une perception supérieure aux rayons X, Paul nous a vus, vous et moi, crucifiés quand il a vu Christ crucifié .

Les implications deviennent stupéfiantes. Est impliqué dans cette « équation » le fait qu'il n'y a rien que nous pouvons affirmer nous appartenir en propre. Ce que Paul dit, c'est que si Christ n'était pas mort pour nous, nous serions en ce moment dans notre tombe. Un peu de réflexion montrera que ce n'est pas un sentimentalisme pieux, mais un fait effrayant!

Revenons 2 000 ans en arrière. Considérons la corruption qui dégradait le monde à cette époque. Nous pensons que la situation est bien pire aujourd'hui, mais le désespoir et la dépravation de l'ancien monde étaient en voie de faire rapidement sombrer l'humanité dans un abîme de souillure morale qui aurait détruit la vie humaine telle que nous la connaissons si cette tendance n'avait été freinée. L'analyse inspirée de l'influence de la Rome païenne sur le monde admet qu'elle aurait « dévoré toute la terre, l'aurait foulée et mise en pièces » (Daniel 7.23). Christ a réellement fait quelque chose pour sauver l'ancien monde de la destruction. Ses principes commencèrent à agir tout doucement dans l'Empire romain pour y rétablir la santé mentale et la maîtrise de soi. Même si Sa jeune église fut amèrement persécutée, les forces de guérison qu'Il introduisit commencèrent à imprégner la société. Vraiment Christ « a mis en évidence la vie et l'immortalité par l'Évangile » (2 Timothée 1.10 ). C'est ce que le Calvaire signifie réellement.

QU'EST-CE QUI EST
RÉELLEMENT À VOUS?

Pensez à votre propre vie maintenant. Soyez honnêtes et assez lucides pour retracer la source de chaque bonne chose dans votre vie. Le fils d'un millionnaire hérite d'une fortune, mais il a assez de bon sens pour reconnaître qu'il en a hérité plutôt que de l'avoir gagnée. Mais supposons que l'intelligence et l'habileté d'un homme lui aient permis de faire fortune, n'a-t-il pas aussi hérité de cette aptitude? Finalement, il y a peu de différence entre hériter d'une fortune toute faite et hériter de l'habileté et de circonstances qui permettent d'amasser une fortune. L'Évangile dit simplement dans les deux cas : la fortune n'est pas vraiment la vôtre. Si Christ n'était pas mort pour vous, tout ce qui serait vraiment à vous, ce serait la tombe.

C'est prodigieux! Quand je parle de ma personne, je m'approprie involontairement ce qui est Sa propriété. Ce corps que j'appelle « mien », ce cerveau que « j'ai », « ma » personnalité, rien ne m'appartient vraiment.

Prenons l'exemple de mon éducation ou de mon caractère. À première vue, je pourrais supposer que c'est là une chose que personne ne peut m'enlever et qui m'appartient donc vraiment. N'ai-je pas travaillé pour l'acquérir? Mais une fois encore, je me trompe. J'ai « appris » tout ceci grâce à mon entourage et mon entourage a été enrichi par la présence de Christ oeuvrant à travers tous ces instruments pour bénir mon esprit et mon âme, à partir des influences prénatales de mon héritage génétique jusqu'à mon éducation au foyer, l'influence de la société, l'école, et tout autre aspect de la vie humaine. Le Saint-Esprit est ici-bas et produit une tension et un conflit constants avec les influences du mal. Chacun moyen employé pour bénir notre vie nous a été acquis par la croix de Christ.

Puisqu'il en est ainsi, ayant vu une fois « l'équation » de la croix, comment puis-je considérer comme mien quoi que ce soit qui me passe entre les mains? Suis-je vraiment autorisé à avoir plus que ce qu'un cadavre peut saisir?

On nous a enseigné qu'un dixième de ce que nous gagnons appartient à Dieu et que les autres neuf dixièmes nous appartiennent pour en faire ce que nous voulons. « L'équation » clarifie cette façon de penser confuse. La dîme est un gage montrant que tout ce que je possède appartient à Christ et que Son amour seul dictera l'emploi des neuf dixièmes que j'ai, par ignorance, prétendu être à moi.

QUE MÉRITONS-NOUS?

Une autre idée naïve que j'ai chérie s'effondre : « Je mérite du bon temps. » « Il y a plus de plaisir à marcher avec Christ que ce que nos pauvres petits coeurs peuvent en contenir. » Mais le « bon temps » identifié au plaisir égoïste n'est rien d'autre au fond que de l'amertume. Beaucoup de bonnes gens sincères ne peuvent encore faire la différence. Même ceux qui ont été élevés dans des familles chrétiennes ne peuvent discerner la distinction qu'à la lumière de la croix.

Si « un seul est mort pour tous », alors « ceux qui vivent ne doivent plus désormais vivre pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort pour eux ». Dans ce sens, c'est pure fantaisie pour quelqu'un d'imaginer qu'il mérite quelque plaisir égoïste. Le charme ensorceleur de cette fantaisie peut-il être brisé?

Oui, si le mot « doivent » utilisé par Paul n'est pas mal compris quand il dit « qu'ils ne doivent plus... vivre pour eux-mêmes ». Il n'y a pas ici d'obligation pénible, difficile, éreintante de faire quelque chose de déplaisant et de fatigant. « Un Seul est mort pour tous, de sorte que ceux qui vivent » ne vivront pas, ne pourront plus « vivre pour eux-mêmes ». La Croix a condamné à l'annihilation l'égoïsme à la base de notre problème et a ainsi brisé son charme sur nous. Un signal plus puissant passe maintenant par l'antenne, et le petit signal du « moi » est éclipsé.

Ce que dit en réalité l'apôtre dans son grand discernement est que vous trouverez impossible de continuer à vivre une vie centrée sur le moi après avoir « vu » la croix. Quiconque a compris « l'équation » ne peut tout simplement plus rester un chrétien tiède, un homme à moitié chrétien.

LA PUISSANCE DE LA CROIX

Suivre Notre Seigneur n'est donc plus se « forcer » à faire ce qui est bien, en nous mortifiant, en nous poussant contre notre volonté à faire ce que nous n'avons pas envie de faire dans le but d'aller au ciel ou d'éviter d'être perdu. L'équation de la croix vient avec sa propre source de puissance : « L'amour de Christ nous contraint [motive]. » (2 Corinthiens 5.14 )

Toute personne ayant vu Christ crucifié, et croyant en ce qu'elle a vu, ne peut encore être tourmentée par de vagues sentiments de remords, ni par la haine de soi après avoir fait ce qu'elle sait ne pas devoir faire. Le sentiment persistant du « tu dois » qui comme un lourd nuage noir encercle l'âme, est dissipé. Bien que je puisse avoir tort de dire qu'il devient facile de faire le bien (suivre Christ ne nous mène jamais vers le bas), il est vrai que l'amour de Christ que l'on voit et auquel on croit est une centrale électrique qui nous propulse sur le sentier qui monte vers le ciel. Les obstacles de la tentation s'aplanissent devant la puissance de cette nouvelle « contrainte ». Les décisions qui ont été horriblement difficiles pour nous deviennent simples quand on se souvient de l'équation de Paul : Un seul est mort pour moi, autrement je ne serais pas ici en ce moment. Comment cette vie peut-elle être la mienne? L'amour du Christ m'a acheté. Comment puis-je refuser de me donner à Lui?

La période de 2 000 ans qui s'est écoulée depuis l'époque de Paul ne modifie en rien la puissance de « l'équation ». Aucun des attraits séduisants que l'on rencontre aujourd'hui ne peut tenir de quelque manière que ce soit devant cette puissance. Même si le diable avait un autre mille ans devant lui pour inventer d'autres tentations encore plus subtiles dans le but de nous prendre au piège, cette simple vérité que nous « voyons » au Calvaire les annulerait toutes parce qu'elle court-circuite notre égocentrisme.

C'est ainsi que la croix change notre point de vue. En fait, la vision commence à peine à prendre forme lorsque notre complexe égocentrique est vaincu. Nous pouvons commencer à regarder les choses avec le regard de Christ. Nous sommes en mesure de percevoir quelque chose d'impossible à voir autrement. C'est cela!

Jésus a aujourd'hui un besoin plus grand que jamais depuis que le Père nous L'a confié. Il est encore affamé et la faim qu'Il ressent est cet amour insatisfait, sans réponse d'un jeune marié attendant de son épouse qu'elle lui donne tout son amour, en toute sincérité. Nous devenons capables de sentir que c'est Lui qui mérite une récompense, pas nous! Il mérite une réponse du coeur humain au « travail de son âme », une réponse qui ne Lui a pas encore été donnée.

UNE SIMPLE HISTOIRE D'AMOUR

Ce qui a déconcerté les théologiens pendant des siècles est maintenant réduit aux simples faits d'une touchante histoire d'amour. Si vous pouvez suffisamment apprécier une histoire d'amour pour vous « identifier » avec les espoirs déçus d'un véritable fiancé, vous avez un rôle à jouer dans la plus grande histoire d'amour de tous les temps. À quel point un homme peut-il aimer une femme? Christ a aimé l'Église « un million de fois plus profondément ». Peut-être n'avez-vous jamais pensé à cela, mais la Parole dit : « Les deux seront une seule chair. » Et l'apôtre ajoute immédiatement, de peur que nous ne nous méprenions : « C'est un grand mystère : mais je parle de Christ et de l'Église » (Éphésiens 5.25, 31, 32 ).

Vous pouvez demander : « Où suis-je dans tout ceci? » Si vous croyez en Christ, vous faites partie de « l'Épouse ». À moins que Christ ne doive rester sur « Sa faim » pour toujours, le temps viendra où l'on pourra dire : « Les noces de l'Agneau sont venues et son épouse s'est préparée. » (Apocalypse 19.7 )

L'un de mes amis faisait les cent pas sur le quai de la gare de Knoxville au Tennessee, attendant l'arrivée de sa fiancée Leta, du Michigan. Leur mariage devait avoir lieu dans la soirée. Le futur époux était si impatient qu'il arriva deux heures avant l'entrée en gare du train.

Quand enfin le train s'arrêta, Edward attendit avec anxiété jusqu'à ce que les derniers passagers soient descendus. Mais Leta n'était pas parmi eux.

Dans son dessein machiavélique, elle était demeurée cachée dans le train et vit le douloureux regard de détresse sur le visage de son fiancé tel un nuage noir en un matin printanier.

Elle ne put le supporter plus longtemps. Se précipitant dehors, elle se jeta dans ses bras.

Par respect pour Sa future épouse, Christ endure un désappointement indescriptible devant notre indifférence humaine. Pourquoi nous cachons-nous de Lui, Lui causant tristesse et désappointement? En sera-t-il toujours ainsi? Où est cette réponse sincère digne de Son amour?

Ne serait-ce pas la suprême cruauté de notre part que de continuer à Le tenir à distance, Le faisant attendre, insatisfait et divinement affamé?

Que pouvons-nous Lui dire? Avons-nous une parole d'appréciation à Lui adresser?

« Maître, ...! »